Albères, premier acte. (version mobile) !
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Albères, premier acte. (version mobile) !

Albères, premier acte. (version mobile) !

par Yann & Franck
Photos : Yann et Franck
Premiers tours de roues spécifiquement dédiés au projet dans le massif des Albères. Forêts, paysages et panoramas à 360 degrés, incroyables forêts, singles très techniques, les Albères sont un terrain de jeu diablement exigeant.

Les Albères sont une frontière, un horizon terrestre. Une série de sommets qui coupent le chemin du sud. Un piège à tramontane et à nuages. Cette ondulation de sommets fait rêver. D’en bas on imagine les pelouses, les arbres battus par le vent, la rudesse du sol, sans toutefois pouvoir imaginer la brutalité du décor.

Débuter notre exploration par les Albères était une évidence. Puisque c’est une fin, ou un début selon le point de vue méditerranéen ou atlantique retenu, de la chaîne qui va nous occuper. Nous partons ainsi les pieds presque dans l’eau chahutée par la découpe de roches du Cap Béar pour aller profiter du paysage depuis les 1200 mètres passés du Néoulous, sommet du massif fiché de son antenne. Du sommet s’offre la montagne.

Le Boulou. Son casino. Ses eaux. Sa position stratégique.

Lorsque nous avons voulu nous attaquer à ce massif singulier, Christophe, notre guide en chef sur ce premier round, nous a concocté un programme d’échauffement en quelque sorte. Des pifs-pafs, des haut des bas, bref un condensé bien bon. Parfois tu crois partir dans le tranquille et tu te trouves dans le pentu, à deux doigts finir dans un arbre à cause des errements métaphysique de ta tige de selle.
Mais bref, c’était à l’attaque de la toute première descente, une mise en bouche, un avertissement qui en valait deux. Les Albères, ça secoue les genoux. Les sentiers sont beaux au dessus du Boulou, c’est pentu, joueur, un peu de caillasse, de la terre à poussière, ça file vite parfois. C’est sauvage et bucolique à la fois, on a l’impression d’être loin, très loin de la furie du monde moderne. Presque, c’est une idée, on s’attendrait à croiser Vladimir Nabokov qui fit résidence dans la ville pour chasser les papillons, si, si, des alentours, écrivain il était aussi grand connaisseur des lépidoptères. C’était en 1929, l’année de la grande dépression, il y écrivit même la grande partie d’un livre, « La défense Loujine » consacré aux échecs. Ces parties de stratégies qui se jouent à deux comme parfois cela nous arrive sur le vélo, quand on entre dans le dur et qu’on se demande qui va gagner, le dur ou la volonté.

Le Perthus

Par un single rapide, nous glissons jusque sous le viaduc de Rome, qui porte l’autoroute A9. C’est une voie majeure du transport, qui voit passer des dizaines de milliers de véhicules par semaine entre l’Espagne et la France. Entre les arbres un peu plus loin, au terme d’une montée pour le moins sèche, le col du Perthus se dévoile, le flot des voitures et des camions se fait entendre. C’est une constante des frontières montagneuses, les cols sont des lieux de passages. De tous les passages.
Ici donc ce sont aujourd’hui les camions. Chaque année c’est par là que passent les migrations estivales qui conduisent les humains de la fraîcheur des pays du nord vers le soleil du sud. C’est aussi par ce col que sont passés il y a soixante-dix ans, un flot de réfugiés venus d’Espagne, plus de 300 000 personnes fuyant le franquisme en 1939. Dans un flot qui allait changer la face nord de l’ensemble des Pyrénées. La Retirada. Pour l’heure, nous continuons nos pérégrinations dans des raidards furieux, montant sur le sentier, descendant abruptement de l’autre côté.

Un petit mur bien sympa

Dans les creux, la végétation est dense, haute, sur les hauteurs, elle cacherait mal un schtroumpf occupé à schtroumpfer la schtroumpfette. Les sentiers sont tordus, ravinés parfois, nous avons l’habitude, c’est comme à la maison, d’ailleurs c’est si près de la maison. Le soleil file vite. On cherche un coin pour une dernière photo, avec le Canigou là bas, le soleil qui va se planquer derrière. On bricole un moment dans un virage improbable avant de ne plus s’arrêter. Enfin si encore une fois, pour une photo, la dernière promis, dans un petit mur bien sympa où l’on a le droit de choisir sa ligne sans prendre de risques.

Le Boulou, ses eaux, son casino.

C’est sur le parking de ce temple du hasard que nous finissons notre après-midi de découverte. Ce qui est loin d’être un hasard d’ailleurs. Ce parking est LE lieu de rendez-vous des riders qui partent à l’assaut de ces sentiers.

Les mots de Franck.
Ça secoue les genoux, et le restant tout autour du Boulou !
Christophe est joueur, il ne nous avait trop rien dit sur cette entame de première descente un poil taquine. Mais bon, du coup, nos sens de pilotes du dimanche sont bien réveillés, le single n’a plus qu’à bien se tenir. Dur, ça l’est parfois, assurément. Toujours courtes, certaines sections savent être raides. On navigue bas ici, on n’atteint même pas les 400 m. Mais on part de 80 m… Eh oui, plus de 300 m de dénivelé sur de courtes distances, ça fait de la pente, et dans les deux sens, forcément. Quand Yann parle de Face nord, géographiquement parlant, certes, il a raison. Mais ici, on est dans le sud, le terrain vous le rappelle à chaque instant. Cailloux, terre, un peu, cailloux encore, pierres aussi, rochers, terre, juste un soupçon, …
Dans les Albères, vous trouverez un terrain rude, globalement plus cassant que si vous posez vos pneus dans les vallées voisines du Tech ou de la Têt. Bref, pas franchement semi-rigide proof… Mais réjouissant à souhait !

Albères, et passe !
Gazzzzzzz !

Au deuxième temps de cette valse, le lendemain, nous partons du col de l’Ouillat, son refuge bistrot bien sympa, terrasse ouverte vers l’Ouest sauvage (les montagnes), ses pins altiers. Miguel sera notre guide pour la journée, il monte en vélo depuis de la plaine. Au café, nous avons le temps pour l’attendre, prendre un café donc, regarder la carte du massif des Albères. Il fait froid, on est en février, faut pas exagérer.

Le café envoyé, Miguel arrivé, nous grimpons vers le sommet des Albères, le Néoulous, un pic, un cap, planté là au beau milieu de la chaîne comme un sémaphore sur une côte déchiquetée. D’en bas, on ne voit que lui quand il a neigé. Son nez est presque le seul à se poudrer du haut de ses 1200 mètres. Parfois, il a le nez dans les nuages. Aussi. Pour monter, nous prenons une tangeante, la route, elle grimpe tranquillement à travers la forêt. Nous bricolons quelques images en passant, puis débouchons sur la crête, Miguel, Franck et moi. Là je suis content de porter mes kilos d’hiver tant le vent nous secoue. Il est glacial en plus.

Ouillat’mosphère

Nous atteignons le sommet, trouvons un endroit un peu à l’abri pour grignoter et refaire le monde avant de partir dans l’autre sens. Il faut revenir au col de l’Ouillat, mais cette fois, nous le ferons par le sentier. Enfin, par la crête. L’herbe est tellement rompue aux éléments, au vent, qu’elle ne se laisse pas dompter et que les pas des randonneurs ne parviennent pas à tracer un semblant de cheminement. Même à l’entrée dans la forêt, quand la pente se fait pente, on perd la trace. Mais déjà c’est bon. On rebondit sur le col de l’Ouillat sans s’arrêter et nous entrons dans le vif du sujet à la fontaine. Il y a des feuilles de hêtre partout, qui gomment les trous, cachent les cailloux, c’est flippant, un coup à attraper des crampes aux fesses. Mais le début de la trace qui va nous ramener vers le Casot del Guard et Sorède est beau. Les arbres sans feuilles laissent passer la lumière franchement. La pente s’accentue, la roche se met à nu, émerge des feuilles, les hêtres cèdent la place.

Jour « sans » prohibé

Les parties à l’ombre sont encore bien fraîches en milieu de matinée. Le sentier se fait joueur, devient technique, vraiment à mesure que nous descendons. Au milieu, il se transforme en ruisseau ingrat et compliqué à rouler, avant de se transformer en goulet. Il faudra là sortir tout l’attirail de la musette pour ne pas casser du matériel ou finir au tas brusquement, happé par une branche ou une vieille pierre sournoise.
C’est un chantier par endroit, il faut grand talent pour s’en sortir en restant sur le vélo, probablement, ou une connaissance intime de la trace qui permet d’anticiper les pièges. Nous sortons finalement de la forêt rincés, un peu ébranlés même. C’est typiquement le genre de trace qui ne pardonne rien. Un jour moins bien, tu finis en bas minable et rincé, à côté de tes cales, la tête à l’envers prêt à balancer le cadre dans le reste de ravin. Un jour bien, t’as le sourire accroché aux oreilles pour les trois lunes suivantes. Faut pas se gourer.

Agrandir

alberesjour2©yannkerveno-14
Miguel en termine avec le champ de mine qui conclut la longue descente depuis l'Ouillat.

Les mots de Franck.
La route, pour monter au Néoulous ? Pouah ! dirons certains.

Mais non, pas toujours, pas toutes les routes voyons… Celle-ci est au bout du monde, tout juste tolérée par la forêt, toisée par les hêtres et pins de presque 30 mètres. Et nous qui l’empruntons au matin, encore transis de froid (sauf Miguel, forcément !), pouvons profiter de ces grands seigneurs, de la lumière qui les enrobe, de leurs tapis de feuilles orange, sans avoir à se soucier de là où nous devons placer notre roue avant. Un warm-up de luxe en somme.
Et pour descendre ? Un bon tout suspendu, voilà ce qu’il faut avoir sous les fesses ici, même dans ce gazon à vache d’altitude. On peut se payer le luxe de tirer droit, sans toucher à rien. De temps en temps, la ligne droite, ça a du bon. Bon d’accord, là, c’est particulier ; le cadre est dément, le barbelé de la frontière juste à notre gauche, et la forêt nous appelle !
Ensuite, c’est joueur, très joueur comme trace. Mais du jeu exigeant, on est plus proche des échecs que de la bataille… On prend le temps de retenter des passages ratés à vue. Du genre, un micro goulet de dalles arrondies, en sifflet, juste large comme il faut pour que les pédales et les chaussures attrapent à peine les bordures. Sauf qu’il tourne et tournicote le sentier, et que du coup, le passage technique où il n’y a qu’une seule option saute à la figure. Allez, là, ça passe limiiiiite ! Ah ben non, là, ça ne passe pas… Alors on remonte, et on essaie encore, on prend le temps de retenter le diable en quelque sorte. Mais une fois en bas, même après quelques petites boites, on se dit qu’il était franchement trois étoiles celui là. Plus de 8km, plus de 1000 m de descente, le tout intégralement sur monotraces montagnesques, ça ne vous inspire pas ça ?

Sœur Anne que ne vois-tu la Massane ?
Sur la crête tu iras !

Le troisième temps de cette exploration allait nous faire voyager dans l’espace et le temps. Parti de L’Ouillat et de son café avec Christophe, je rejoignais Franck et Franck, donc Franck², à la fontaine, par la piste. De là, nous portons un brin pour nous retrouver de nouveau sous le joug du vent. Sur la crête, ouverte au monde comme un petit matin d’été, ça caille sec. Mais nous restons un moment pour profiter de la vue. La baie de Roses scintille sous le soleil.

Mais le vent. Le vent ici est maître. Il fait courber l’échine aux hêtres. Altiers dans la pente, il se font fourbes et trapus à mesure que la crête s’approche, ils s’accrochent, on le sent, dans une fine couche d’humus, réduisent la ramure pour offrir le moins de prise possible à ses assauts. Puis, réduits à deux mètres cinquante de haut, réduits à buissonner presque, eux, capables pourtant de lancer parfois de hauts fûts vers les cieux, finissent par rendre la terre au vent, à l’herbe rase, à quelques buissons dont les épines déchiquètent les rafales mieux que 200 lames de rasoir posées par un artiste qui compterait pour rien.

Tirer des bords en vélo

Sur la crête, on y voit bien le nord, le sud, mais on y prend le vent dans la gueule. Pas pour rien probablement que cet espace d’herbe rase est devenu frontière, support d’une vague clôture percée, à tous les vents. Enfant, les frontières n’étaient pour moi que physiques, faites de mer et de montagne, je me rends compte là qu’elles sont parfois de montagnes, certes, mais domptables, percées. Le vent donc, qui nous rabat le caquet, nous intime le silence parce qu’il nous faut cheminer, vélo poussant, pour basculer de l’autre côté. Descendre, jouer avec les rafales encore, comme l’on tire des bords en bateau, s’aider, s’appuyer sur cette épaule invisible, c’est plaisant. Mater de loin les hêtres biscornus, les tas de feuilles accumulés à leurs pieds. Et renoncer là au single remontant, à cause des feuilles. Prendre la piste, bavarder, rêvasser en pédalant à 18 km/h pour arriver aux trois hêtres. Là, la stupéfaction gagne. Trois hêtres. On se demande comment la toponymie a pu intégrer telle dénomination. Il faut être (hêtre) sur place pour comprendre qu’un particularisme génétique fait ici peut-être pousser les hêtres par bouquet de trois, j’en ai compté trois, pas moins, trois fois trois hêtres. Au loin, sous les arbres, à travers les branches dénudées on distingue la tour de la Massane, notre but du jour. Elle semble si loin et si proche à la fois sous le roulement des nuages. Nous portons brièvement le vélo pour finir la tête sous la nuée.

Une hêtraie unique

C’est étrange ainsi de voir, peut-être quelques dizaines de mètres à peine au dessus de nos têtes, les nuages cavaler, prêts à nous avaler. Quand là bas, des deux côtés de la crête, le soleil brille. Nous avons froid en silence et nous élançons à travers vent dans la descente. À cet instant, nous ne pensons qu’au marteau-piqueur qui nous broie les épaules, cette terre à vache martelée, dure comme de la pierre, sans savoir qu’après la cabane posée sur la trace, nous allons entrer dans un espace hors du temps. Au refuge des Colomates nous ne traînons pas. Le sentier se fait technique, la pente se prononce pour notre plaisir. Et nous entrons dans ce monde étrange de la hêtraie de la Massane. Étrange, et plus encore en hiver, lorsque les feuilles sont éparpillées à même le sol ou regroupées par le vent en tas imposants. Cette forêt a été travaillée pendant des lustres, puis abandonnée à elle-même. Elle a pu regagner les espaces libérés par les hommes, depuis un bon siècle, prendre le temps de s’installer et prospérer.

Ne pas sortir de la trace

Ce petit bout de forêt revêt, pour les scientifiques, une importance primordiale. Il existe même au sein de la réserve naturelle que nous traversons, une réserve intégrale, interdite d’accès. En hiver on dirait qu’elle est pétrifiée, le sol de couleur ocre clair est tacheté du gris pâle des rochers. Les troncs gris clairs eux aussi, s’élèvent vers le ciel gris foncé de ce jour là. Beaucoup d’arbres sont morts dans cet espace et laissés ainsi à disposition des espèces locales, plus de 6000 ont été dénombrées, principalement des insectes. Faisons donc attention à ne pas sortir de la trace. À la place d’Armes, encore sous le charme, nous grimpons vers la tour de la Massane, posée là par les rois de Majorque pour surveiller les environs. Il y a du vent, les nuages se pressent encore, pour descendre, Christophe nous invite à aller vers La Vall. C’était trop pour nous ce jour là. Trop pentu, trop défoncé, trop de chez trop. Il faudra qu’on y retourne.

Les mots de Franck.
Partir d’en bas, et attaquer la longue montée vers le pic Néoulous par la vallée heureuse, y’aurait pas comme un signe de bonne journée annoncée là ? La suite confirmera cet heureux présage. Mais pour l’heure, le Franck a du patiemment attendre le Franck, encore hors de forme à cet instant. Piste tout le long certes, mais 12 km et 840 m de dénivelé positif d’une traite au petit dej’, ça pose le programme de la journée.

Mais quelle journée !
Nous voilà donc à la fontaine de l’Orri. Après le court portage obligatoire, nous nous trouvons en plein vent, les pieds dans l’herbe, sur une crête magique. Dans le dos, le Canigou, devant nous, la mer, à droite l’Espagne, à gauche, la France. Bref, j’ai comme la sensation de léviter entre 4 mondes sans appartenir à aucun d’eux, et je dois dire que ce sentiment me sied à merveille. De là, nous pouvons embrasser du regard la courbe de la crête que nous allons suivre peu ou prou. Du Neoulous -ou presque- à la tour de la Massane.
Après avoir évité Christophe de peu, qu’un vent violent avait voulu me faire rencontrer à l’insu de nos pleins grés, nous attaquons les premiers sentiers. Parce que depuis la piste de la vallée heureuse, c’était gazon d’altitude au menu.
Le cap est simple : la crête. Bon, pas tout le long. Vous avez vu les profonds tapis de feuilles d’hier ? Eh bien ils nous obligent à reprendre la piste jusqu’au col des trois hêtres. De là, un nouveau portage parmi des hêtres incroyables, nous ramène sur la crête. On dévale jusqu’au refuge des Colomates, le sentier est chouette, puis on finit par arriver dans cette forêt étonnnate, dont les arbres semblent avoir pris la couleur de la pierre, comme pour mieux se fondre dans le décor local. Les arbres, on les croirait presque fossilisés. La trace, elle, n’est pas pour fossiles, ça non ! Tous s’y régalent, et en regrettent la fin au col de la place d’arme. Court portage pour rejoindre la tour de la Massane, puis début de la descente, vraiment belle, avec son lot de passages techniques, ses sections toutes en relances.
Avant le chantier de la fin… Parlons en donc de ce chantier : du très raide, très défoncé, très technique, très engagé. Bref, si t’as pas le niveau, tu passes ton tour. J’ai passé mon tour sur une grande partie de la descente.
Mais sinon, what a day !!! Vivement la suite.

1 comment for “Albères, premier acte. (version mobile) !

  1. Poupin
    13 avril 2016 at 19 h 47 min

    Superbe je connais ces traces elles sont aussi magnifiques qu’exigeantes physiquement et techniquement. C’est le summum de ce que j’ai pu faire en VTT.

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